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L’ÉDUCATION ANGLAISE

Margaret Thatcher rencontre Jacques Chirac. Le chien de la maison tourne autour de la table où ils sont assis et part avec le sac à main de la Première ministre. Jacques Chirac, embarrassé, souligne qu’il s’agit d’un chien donné par la reine. Peut-être, de rétorquer madame Thatcher, mais il semble avoir reçu une éducation française.

PENSAIS-TU QUE J’ÉTAIS MORTE ?

Le hasard objectif ne régit pas que l’amour. Que de fois ai-je constaté ces vagues de présence et d’achats inexplicables. Les clientes ne pointent pas le bout de leur nez, Suzy regarde les autos passer, monte la garde, prête l’oreille : toujours rien. La journée sera longue. Puis, à telle heure, tel jour, la porte, comme celle d’un aéroport, ne finit pas de s’ouvrir. Toutes en même temps, toutes à franchir le seuil comme s’il s’agissait de l’urgence d’un hôpital. Nous ne sommes que deux, Suzy et moi, à servir ; on dispose de moins de 100 mètres, de quelques cabines. (Je comprends maintenant l’affolement qui régna lors de la multiplication des pains.)

Dans ces moments-là, ma tête n’est plus qu’une toupie. Je tourne. J’affiche mon visage zen, je regarde mon jeu avec le regard du joueur professionnel : ma fatigue, mon inquiétude, ma fragilité, mes réserves, mon appréhension, rien ne transparaît. Pas de place pour le bégaiement, la dyslexie. Je pense à Vincent Lindon, traversé par des tics et des tremblements, et qui joue la moindre prise sans qu’il n’y paraisse. J’entre en scène, je dirige, je contrôle, je sers. Quelques heures seulement, la vague se retire, marée basse : mes articulations sonnent la récréation, mes facultés mentales réclament repos et café.

Quand je crois que la journée sera blanche, parfois, plutôt que de jouer de la patience et de l’expresso, je provoque moi-même la tempête : j’appelle mes clientes. Quel malheur lorsqu’elles se présentent à ces heures de pointe et qu’elles se butent à celles qui attendent qu’une cabine se libère.

J’aime ces appels brefs et précis. J’aime la réponse de mes clientes. Elles savent que j’ai reçu ce qu’elles attendent. Je ne les fais jamais se déplacer pour rien. J’ai suffisamment été déçue comme acheteuse par ces appels pressants qui me menaient à des showrooms presque vides, inintéressants et insipides pour ne pas jouer le même air. Je déteste les rendez-vous manqués. Aussi, à deux jours près, les clientes répondent. Les voir à ce moment reste pour moi un mystère, une surprise, la confirmation qu’il y a dans cette présence plus que le simple désir d’acheter. La certitude qu’en vingt-cinq ans j’ai construit quelque chose de vrai.

Dans mon enfance, à Beyrouth, sur un balcon d’Ashrafié, j’avais déjà établi les rapports que j’allais avoir avec les humains. À tout le moins, j’en avais arrêté le mode : la boutique. Cet univers me convenait, il était un monde de désirs, d’images, d’authenticité, d’humilité et de partage. La parole ne pouvait y être que frivole et essentielle.

Une de mes clientes, terrassée par de graves problèmes physiques, s’échappait parfois pour de brefs repas à L’Estaminet, le bistrot qui jouxte ma boutique. Je ne la croisais plus depuis quelques mois. Je décidai de l’appeler. Pas de réponse. Je laissai un message sur sa boîte vocale. Quelques jours après, elle franchissait la porte de ma boutique. Je l’interpellai : « On ne te voit plus ! » Elle sourit et se mit à regarder attentivement les chandails sur la table. «Où étais-tu ?» Elle me renseigna : elle participait à une recherche sur les effets de certains médicaments pour le cancer ; elle allait bien ; il ne fallait pas que je m’inquiète. J’étais prostrée. Elle me secoua : « Qu’où donc, pensais-tu que j’étais morte ? » La question me tira de ma stupeur. Je lui dis de ne pas parler comme ça : « On ne rit pas avec ces choses-là ! » Son rire franc me fit comprendre qu’elle n’en riait pas.

LA FAÇADE

J’ai de l’audace. Timide, mais jamais intimidée. C’est dans ma nature. J’entreprends, puis je crains, j’angoisse. Et cette crainte et cette angoisse me guident à nouveau vers l’avant. Je ne suis pas de tout repos et je ne me repose guère. Ma vie est un feu roulant.

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