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Tibi

Tibi n'existe pas en noir et blanc! La couleur n'est pas une option! Tibi, c'est la couleur. Et la voix ! Il gagnerait à coup sûr à The Voice. Quand Francès entre en retard, il la tweete dès le premier bruit, dès le plus simple bruissement de la porte : «Rentre à la maison, rrrentre...» Son perroquet s'exprime en 140 sons. Il répète cette injonction pressante que Francès lance affectueusement quand elle désire qu'il réintègre ses quartiers. Impatient, autoritaire, il n'admet guère de réplique.

Tibi c'est une présence, un regard de côté, un regard croisé, un compagnon exigeant et généreux. Amusant, criard, turbulent, provocateur, enjoué : la comedia dell’arte à lui tout seul. Il fait partie de sa nouvelle vie. Francès a hâte de rentrer chez elle, hâte de le voir, de jouer avec lui, ; hâte de l'entendre... hâte qu'il rentre dans sa cage!

♥ ♠ La neige

J'aime la neige d’un fol amour. J'aime la neige légère, lourde, bien amidonnée, glaciale comme de fins grêlons, fondante et croquante comme un granité. J'aime les longs cordons de neige, les larges rubans moirés d'éclats, les nappes de sel, les giclées câlines et les jets polissons, les longs tracés obliques et les spirales étourdies. J'aime cette soufflerie de flocons, ces feux de Bengale affolés et luisants, cette limaille qui miaule et fait la belle. J'aime les peaux de lièvre, la neige buissonnière, la neige têtue, hystérique et apaisante. Je joue avec la neige sans me brûler, je fais la part de la neige. Je l'attise et la ravive : rien ne presse. Je ne conduis pas, je ne me gare pas, je ne m'enlise pas.

Les quelques chalands qui s'arrêtent à la boutique, pour reprendre souffle, pour se réchauffer, se tiennent à l'avant, sur la grille. Ils franchissent le seuil, mais marquent le pas. Ils indiquent clairement qu'ils n'achèteront pas. Mais ils ne partent jamais sans jouer à miss météo. Les tempêtes deviennent des monstres blancs, opiniâtres, entêtés, déterminés. Il y a quelque chose de désarmant, d'incongru et de drôle à entendre des nordiques se plaindre de la neige comme les pleureuses orientales, de la mort.

Certains jours cependant on ne croit plus ce que l'on aime. Taraudée, tourmentée par les paiements à venir, par le stock qui s'entassait dru, par l'humeur compulsive des employées, je me coupe de tout. White out.

Le soir je dresse des listes. De mémoire, j'écris tous les vêtements vendus, je les classe selon les marques, selon les styles ou le type d'article : pantalons, blouses... Pendant ces longues soirées, pas d'appel à la mémoire, je n'aurais pas pu aligner deux vêtements vendus. Dans ces moments, j'écris des dizaines de fois mon nom en français et en arabe. Je termine par de nouvelles listes. Je retranscris ma lassitude et mon espoir :

Je suis fatiguée.
J'en ai assez.
J'ai peur.
J'ai hâte de finir.
Je dors.
J'y arrive.
J'y arrive.

Quoi faire dans ces situations, indépendantes de nous, imprévues, imprévisibles ? À chaque tempête, j'angoisse. Quelques jours après, au moindre signe de redressement, je reprends courage. Puis, une nouvelle tempête me ramène à la case départ. Je pense toujours, dans ces situations, au vieil homme, à la mer, à sa lutte contre l'espadon : faire ce qu'il faut, travailler bien, maintenir sa discipline personnelle. La chance ? Elle ne saurait venir si on ne lui a pas efficacement préparé le terrain. Quoi faire entre-temps ? Siphonner les réserves quand elles sont disponibles, utiliser la marge de crédit et, en dernier recours, réinvestir. Tenir bon : la situation n'est pas de notre ressort, elle ne relève pas de causes internes. Une fois la crise passée, les choses devraient reprendre leur cours normal. Encaisser le coup, calculer le temps nécessaire pour rétablir l'ordre pécuniaire, répartir la pression en en délestant une partie sur les fournisseurs. Le temps devrait tourner au beau, l'humeur s'ensoleiller, les vacances s'imposer.

Puis, au beau milieu du mois, cette nouvelle tempête. Des vêtements alignés en andains sur les immenses tables de bois, des amoncellements de cintres en vrac dans l'entrée, des clientes pressées, souriantes, fébriles. C'est enfin la tempête mode, celle que j’encaisse toujours avec joie. Celle qui allège le corps et l'âme.




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